Alors que le sort des deux haltes soins addictions (ex-salles de consommation à moindre risque) à Paris et à Strasbourg ne tenait qu’à un fil en fin d’année passée, le projet regagne la terre ferme. Après une prolongation de l’expérimentation votée de justesse dans la loi de financement de la sécurité sociale 2026 et entérinée par décret le 30 décembre, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) se positionne clairement en faveur de la pérennisation du dispositif « afin de prévoir, en droit, la possibilité d’ouvrir de nouveaux espaces ».
Telles sont les recommandations de son rapport publié ce 5 janvier 2026, pourtant finalisé dès octobre 2024. Alors que les oppositions politiques au dispositif, en particulier du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, étaient fortes (des projets à Marseille et à Lille n’ont pas vu le jour), le rapport n’avait pas été rendu public mais la teneur en avait été révélée dans la presse notamment par Le Monde. Les rapporteurs, qui concluent à la fois aux bénéfices sanitaires pour les consommateurs de drogues injectables et sécuritaires pour la tranquillité de l’espace public, préconisent d’inscrire les haltes soins addictions (HSA) « dans le droit commun ».
Alors qu’il existe 150 salles de ce type dans le monde, la France n’en compte que deux, depuis leur autorisation en 2016 dans le cadre d’une expérimentation à Paris et à Strasbourg. En 2023, ces deux salles ont accompagné 1 600 personnes, soit moins de 1 % des 342 000 usagers problématiques de drogues. Les HSA s’occupent d’un public en forte désaffiliation sociale, « majoritairement sans domicile fixe ». À Paris, 79 % des usagers de la HSA n’ont pas d’hébergement stable, plus de la moitié vivent dans la rue, rapporte l’Igas.
Des ouvertures au cas par cas
« La consommation supervisée, en limitant les pratiques d’injection dangereuses et le partage matériel, réduit les risques infectieux, les surdoses et les affections somatiques », est-il expliqué. De plus, elles améliorent la santé publique « avec 10 fois moins de seringues abandonnées » et assurent « le rôle de vigies des nouvelles tendances de consommation de drogues (comme la montée en puissance du fentanyl observée grâce à la HSA de Strasbourg) », cite l’Igas.
Quant au versant sécuritaire, l’Igas indique que les HSA « contribuent à la tranquillité publique » en diminuant les consommations de rue, l’aide sanitaire proposée étant « complémentaire aux mesures de lutte contre la consommation et les trafics de drogues ». Les services de sécurité « ne relèvent pas de hausse de la délinquance à proximité de ces salles, voire sont susceptibles de faire baisser le nombre de délits commis par les usagers », est-il ajouté.
Pour autant, l’Igas estime que toutes les villes n’ont pas vocation à avoir une HSA. « Une HSA doit être une réponse locale à un besoin local », lit-on. Pour que la HSA « soit justifiée, efficace et acceptable », des conditions doivent être réunies, estime l’Igas : « capacité d’accueil adaptée, implantation au plus près des lieux de consommation dans l’espace public, proximité avec un hôpital, insertion dans un chaînage médico-social et un continuum allant de la prévention aux soins, information des riverains » et enfin « portage assumé et univoque de la politique de réductions des soins ».
