Traitement des dépendances
Une taxe pour compenser le coût social des addictions
Selon des experts, un fonds financé par une taxe sur toutes les substances et activités addictives permettrait de corriger les inégalités de prise en charge.
Publié: 30.11.2025, 09h02
Image d’illustration. Une personne prend de la drogue dans l’espace de consommation sécurisé (ECS) de la Riponne, à Lausanne.
KEYSTONE/Jean-Christophe Bott
Pour résoudre les iniquités du financement des traitements, le Groupement romand d’études des addictions (GREA) propose une réforme structurelle et fiscale par la création d’un Fonds national de compensation addictions (FNCA). «Le fonds serait alimenté par une taxe pigouvienne, dont le principe, à l’instar du pollueur-payeur, vise à faire payer les producteurs et consommateurs de substances et services potentiellement addictifs (substances psychoactives, y compris alcool et tabac, jeux d’argent, etc.) pour les coûts sociaux qu’ils génèrent», indique Romain Bach, cosecrétaire général du GREA. Ce qui implique de reprendre le contrôle du marché des principales drogues illégales et de les sortir de la prohibition absolue, sur le modèle qui pourrait se mettre en place pour le cannabis.
Les revenus fiscaux perçus sur les substances s’élèvent à environ 3,5 milliards de francs. Seuls 44,2 millions (1,2%) sont affectés à la lutte contre les causes et les effets des addictions. Le FNCA vise à corriger cela. Les fonds supplémentaires récoltés seraient redistribués en priorité aux Cantons, leur fournissant une source de financement dédiée, indépendante de l’aide sociale, pour soutenir l’ensemble des quatre piliers (prévention, thérapie, réduction des risques et répression).
Soutenu par les professionnels suisses des addictions, le FNCA permettrait de répondre aux freins identifiés dans le système actuel de financement dual. L’iniquité de prise en charge entre les substances légales et illégales serait corrigée par la taxation de tous les produits et en finançant tous les types de soins nécessaires (médicaux, psychiatriques ou sociaux).
Un fonds contre les effets pervers du financement actuel
À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.
Autoriser les cookiesPlus d’infos
Selon le GREA, ce fonds éliminerait également l’incitatif négatif en fournissant aux Cantons (et donc aux Communes) des ressources dédiées pour le sociothérapeutique. Le choix du traitement pourrait ainsi redevenir purement thérapeutique et non économique. Enfin, le FNCA empêcherait que les patients insolvables aient à recourir à l’aide sociale et à s’endetter pour pouvoir se soigner.
Le FNCA demeure pour l’heure une proposition d’experts qui n’a pas encore été formellement engagée dans le processus législatif suisse. «Il faudrait idéalement constituer un groupe de travail interpartis au niveau fédéral, capable de se saisir de cette question politiquement délicate et d’envisager de manière systématique les différentes options de taxation et de financement, souligne encore Romain Bach. Avec comme principe clé qu’une partie du revenu de la taxation soit allouée à l’aide en cas d’addiction, à l’instar de la dîme sur l’alcool.»
Newsletter
«Dernières nouvelles»
Vous voulez rester au top de l’info? «24 heures» vous propose deux rendez-vous par jour, pour ne rien rater de ce qui se passe dans votre Canton, en Suisse ou dans le monde.
Autres newsletters
Se connecterCatherine Cochard est journaliste à la rubrique suisse et s’intéresse aux sujets de société. Elle produit également des podcasts. Auparavant, elle a notamment travaillé pour Le Temps ainsi qu’en tant que réalisatrice indépendante pour l’Université de Zurich.Plus d’infos@catherincochard
Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.
15 commentaires
